Le moins que l’on puisse dire de la douane américaine, c’est qu’elle est organisée. Après avoir parcouru un dédale composé de couloirs et d’escalators, les voyageurs mal réveillés, mais déjà en sueur, se retrouve dans un petit hall dont la seule sortie est gardée de guichets. Des couloirs de rubans mènent à ceux-ci et dès l’entrée dans le hall, un "réceptionniste" hurle bien fort que les citoyens US doivent prendre le couloir de droite et les non-citoyens US celui de gauche. La majorité des passagers du vol Sabena en provenance de Bruxelles se pressent donc dans le couloir de gauche, en préparant déjà leur passeports et autres formulaires remplis dans l’avion. Au bout du couloir de ruban, un gardien filtre les passagers, ne laissant ceux-ci accéder aux guichets que quand l’un d’entre eux se libère. Une fois tous les passagers dans la file, le "réceptionniste" vérifie préventivement et avec cette arrogante autorité que tout serviteur de l’état américain affiche lorsqu’il s’adresse à des étrangers, la manière dont les formulaires ont été remplis.
Un groupe d’Européens de l’est, Russe, Bulgare ou autre, apprit à ses dépens que l’arbitraire bureaucratique n’est pas l’apanage des seules administrations communistes. Pour passer la douane US, il faut fournir une adresse de destination. Et l’officier des douanes n’était pas prêt à entendre qu’étant en vacances bon marché et ne pouvant payer une réservation dans un hôtel de classe internationale, ces touristes (car bien entendu, il ne s'agissait aucunement de potentiels immigrés clandestins) comptaient trouver sur place une petite chambre pas chère, mais que pour cela, il va vous falloir un téléphone qui, bien entendu, n’est disponible que de l’autre côté des guichets de douane! Lorsqu’à la troisième fois que l’officier eut demandé à l’un des slaves où il allait loger cette nuit et que celui-ci lui eut répondu qu’il allait probablement dormir sous le pont de Brooklyn, je n’ai pu m’empêcher de penser à cette citoyenne de notre petit royaume de Belgique qui se retrouva séquestrée par le FBI pour avoir répondu qu’évidemment, elle transportait une bombe dans ses bagages! Je me suis toujours demandé comment une nation qui glorifiait à ce point la liberté individuelle admettait une telle arrogance et un tel manque d’humour de la part de ses agents.
Heureusement pour les européens de l’est, l’attention de l’officier des douanes fut detournée par une citoyenne US qui, le teint fade et le visage boursouflé, vint informer le représentant de l’ordre qu’il y avait un homme qui sentait l’alcool et qui visiblement ne marchait pas droit. La citoyenne ressemblait à Monica Lewinsky et j’aurais parié qu’il y avait un lien entre cette ressemblance physique et l’habitude de dénoncer les travers des hommes de son pays.
Devant moi, au guichet, le douanier cuisinait un allemand aux longs cheveux blonds en queue de cheval pour savoir qu’elles étaient les raisons de son séjour aux Etats-unis. Mentalement, je répétais mes réponses à chacunes de ces questions en essayant de travailler sur mon intonation afin d’inspirer la confiance, afin de faire passer implicitement le message que je venais "travailler a la grandeur de ce pays" et que Dieu bénissait certainement l’Amérique… mais surtout que l’on me foute la paix!
Sans doute mon passeport belge a-t-il fait bonne impression. Après tout, rien ne peut venir de dangereux d’un pays qui fait du si bon chocolat (à l'exception de pédophiles voleurs de voitures, de quelques ministres corrompus, d'une kyrielle d'oeufs à la dioxine, de quelques vaches folles et des émissions de variétés de la RTBF) … à moins que mes cheveux courts et blonds, ma peau blanche et mes yeux bleus ne suscitent moins la mefiance que le look "Peace & Love" de l’Allemand qui me précédait! Ou plus simplement, ayant déjà perdu assez de temps à cuisiner le pauvre étudiant précité, le douanier avait-il décidé d’accélérer le rythme parce que ce n'était pas tout, mais il y avait le vol 714 en provenance de Sydney qui devait atterir d'un moment à l'autre... Toujours est-il que je suis passé au travers de l’immigration et des douanes sans même me rendre compte que j'étais déjà à la recherche d'un taxi!
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Blades