Hier, c'était le concert de Garbage! Je me suis donc retrouvé à faire la file sur la 52nd rue, entre 5th et Broadway avec le peuple rock qui s’était déplacé en masse. Pour moi, la réussite d'un concert dépend toujours de trois éléments: une bonne salle, un bon public, un bon groupe.
La salle, c'était le Roseland Theater. A l'échelle de New York, c'est un très petit Forest National avec exactement le même type de groupe, c'est-à-dire des groupes trop connus pour passer dans les salles vraiment branchées (genre Hammerstein Ballroom ou Irving plazza), mais trop sur le déclin pour remplir des salles plus importantes. En gros, j'y vois bien les Simple Minds ou Simply Red avec comme tête d'affiche Super Tramp le retour. La salle elle-même est assez froide. Franchement, le hangar du palais des Expos de Gand fait même bonne figure. Bref, je ne sais pas ce que Garbage faisait là, mais bon, je ne suis pas au fait des programmations des salles new yorkaises, ni des stratégies commerciales des maisons de disque.

Que les choses soient claires dès le départ, le public américain ne vaut pas le quart du dixième du bon public belge! D'abord, le public des concerts, c'est la tranche 15-25. Ca ne nous rajeuni pas. Et une fois qu'MTV s'en mêle, c'est encore pire. La couverture nationale que la Music Television offre aux groupes attirent immanquablement les hordes de teenagers du New Jersey. Et ça, c'est toujours mauvais signe. Autant un concert avec une majorité de flamands est toujours un signe d'avant-garde, autant un concert avec un majorité de wallons c'est l'ambiance assurée, autant les bruxellois ne vont pas aux concerts, eh bien, autant le public venu du New Jersey est un vrai désastre. D'accord, je joue au snob de Manhattan, mais vu le prix qu'on paye pour vivre sur l'île, ils feraient mieux de ne pas y laisser rentrer n'importe qui!
Reste le groupe. J'ai déjà dit je crois que Garbage est le seul groupe qui puisse un jour éventuellement rivaliser avec le U2 de la grande époque au point de vue concert. Je le maintiens. D'autant, que le nouvel album est tout à fait honorable. C'est vrai qu'il n'y a pas de révolution, mais en même temps on ne peut nier une certaine évolution. Si le début de l'album se cherche un peu, à partir de "PUSH", c'est un vrai régal. De la grâce et de l'énergie brute. La combinaison qui tue. Bref, j'attendais beaucoup du concert.
Le début fut une vrai bombe atomique. Même les Indiens
et les Pakis ne savent pas en faire des pareilles. Tiré par
"Queer", le melting pot de chansons du nouvel et de l'ancien album aurait
à tous les coups refait trembler les sismographes de l'IRM
à Uccle, si il avait été lâché sur un
Forest National en délire. Hélas, à part deux
trois hurluberlus tentant piteusement de se faire lancer sur la foule pour
bodysurfer, le public restait impassible. Pire, en milieu de set, une grosse
blonde, remontant vers l'arrière, a bousculé une grosse brune
et les deux tas de graisses se sont mis à se taper dessus en plein
milieu d'une chanson. Gare aux éclaboussures! De quoi couper l'ambiance
un peu plus. Bref, plus d'une fois, je me suis retrouvé à
fixer des yeux notre écossaise de service, toujours impériale
sur la scène, surmontée d'une ombre gigantesque que le spot
braqué sur elle dessinait sur le mur, et je m'imaginais au Vooruit
ou à l'Ancienne Belgique, poussé et reflué par les
vagues humaines qui te déferle sur le corps quand la salle, le groupe
et le public sont en phase.